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Gérez votre énergie, pas votre temps.

Ou pourquoi l’énergie est le levier le plus sous-côté pour augmenter sa productivité

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Cet article est issue des archives de ma précédente newsletter, Exit.

Le champion qui sait marcher

Il y a quelques jours, j’ai regardé le film Shooting Stars sur Netflix. Il raconte les débuts du basketteur Lebron James. Connaissez-vous Lebron James ? Moi non. Mais je trouve toujours intéressantes les histoires sur la façon dont les champions se sont forgés.

Ce qui m’a intéressée cette fois, ce n’est pas tant son ascension ni ses incroyables performances de basketteur. Cette fois je suis allée plus loin et ce que j’ai trouvé m’a intriguée.

Avant de vous en parler, il est important de comprendre quelques-unes des performances de celui surnommé “King James” :

◾ C’est le premier basketteur à dépasser les 40,000 points marqués en carrière

◾ Il a dominé la NBA pendant plus de 20 saisons, ce qui fait aujourd’hui de lui le joueur le plus vieux (39 ans) et encore au sommet de sa forme

◾ Il est le seul joueur capable de traverser le terrain à 32km/h, un record.

Cette longévité associée à ces performances extrêmes n'est pas un hasard. Lorsque l’on sait que des basketteurs en pleine force de l’âge jouent en moyenne quatre ans et demi et disputent en moyenne cinquante matches par saison, LeBron joue en moyenne plus de soixante-dix matches par saison depuis dix-neuf ans.

Qu’est-ce qui peut bien expliquer cette “longévité performante” ?

Lebron James…marche. Tout simplement. C’est même l’un des joueurs le plus lent du circuit NBA, avec une vitesse moyenne avoisinant les 6km/h. Au cours de la saison régulière, il a passé 74,4 % du temps sur le terrain à marcher, un temps inégalé par presque tous les autres joueurs de la ligue.

De manière inattendue, je me suis dit que Lebron James nous donnait un indice pour mieux surmonter ce sentiment de fatigue constante et cette sensation de ne jamais avoir le temps de tout faire.

Notre surmenage provient des émotions négatives lorsque nous en faisons trop, trop vite, sans faire assez de ce que nous aimons. Nous acceptons plus de travail que nous ne pouvons en faire et nous ne prenons pas les pauses nécessaires dans notre journée de travail. Nous sommes constamment en sprint.

Le secret de Lebron James pour éviter cela ? Conserver son énergie, en faire moins pour en faire plus. C’est ce que nous allons explorer aujourd’hui.


Le temps n’est plus la ressource ultime

Lorsqu’un client m’explique qu’il est surmené et qu’il n’a pas le temps de faire tout ce qu’il aimerait faire, je ne lui donne pas les derniers conseils de productivité à la mode.

L’objectif n’est pas qu’il en fasse toujours plus en un minimum de temps.

L’objectif est qu’il fasse le plus longtemps possible de ce qu’il aime faire.

C’est ce que j’ai compris il y a quelques temps et c’est toute la différence entre la gestion de son temps et la gestion de son énergie.

La gestion du temps est la pratique qui consiste à établir des priorités et à mener à bien des activités au cours d'une période donnée de la manière la plus efficace et la plus efficiente possible. L’atteinte des objectifs se fait grâce à une priorisation stricte des tâches en fonction de leur capacité à nous amener à ces objectifs.
La gestion de l’énergie, quant à elle, vise à garantir que nous utilisons notre énergie de la manière la plus efficace et la plus efficiente possible dans la poursuite de nos objectifs. Elle implique de comprendre nos besoins et nos limites individuels, de savoir quand se reposer et quand se dépasser. La gestion de l'énergie englobe l'énergie émotionnelle et mentale, et pas seulement l'énergie physique.

Comme le disent Tony Schwartz et Jim Loehr dans leur livre The Power of Full Engagement :

La mesure ultime de notre vie n'est pas le temps que nous passons sur la planète, mais plutôt l'énergie que nous investissons dans le temps dont nous disposons.

Surfer sur sa vague

Ça, c’est le graphisme que j’ai obtenu lorsque j’ai commencé à mesurer mes heures de sommeil. Parce que quoiqu’on en dise, notre énergie du jour commence avec nos heures de sommeil.

Les heures correspondent aux phases suivantes :

7:02-8:32 ▶︎ Somnolence matinale : Temps progressif de réveil. Éviter les grandes décisions.

8:52-11:51 ▶︎ Premier pic matinée → Planification des tâches et événements les plus importants

13:56-16:01 ▶︎ Creux du milieu de journée → Meilleur moment pour les tâches moins importantes et non créatives

18:06-20:54 ▶︎ Deuxième pic après-midi → Planification des tâches et événements les plus importants

10:02-11:02 ▶︎ Heure de décompression (coucher) → Extinction des écrans, relaxation, préparation au coucher.

En observant ce graphique, j’ai eu la confirmation de ce que je ressentais tous les jours : je me forçais à être productive lors de phases où mon énergie était basse. Au lieu de surfer sur la vague, je surfais contre. Et dès que j’entrais dans une phase “haute”, j’accomplissais en 1h ce que je faisais en 3h avant.

Les grands créatifs des siècles derniers l’ont bien compris :

  • Ils adaptaient leurs heures de travail à leur propre rythme et niveau d’énergie
  • Mieux vaut 4h de travail efficace avec une énergie haute que 10h d’inefficacité.

Prenons Victor Hugo. Surnommé “l’Homme Siècle”, il était à la fois écrivain, dramaturge, dessinateur, poète, romancier et est considéré comme l’une des plus grandes figures de la langue française. Auteur d’une vingtaine de pièces de théâtre, 9 romans, une trentaine de poésies, les œuvres laissées par Victor Hugo sont innombrables et témoignent d’une activité créative très prolifique.

Et pourtant.

Victor Hugo ne travaillait “que” 6h par jour. Le reste de son temps, il l’occupait avec ses amis, faisait de l’exercice et se détendait.

Soyez régulier et ordonné dans votre vie pour être violent et original dans votre travail“ écrivait Gustave Flaubert. Pour être productif, il ne s’agit donc pas seulement de passer des heures à son bureau. La régularité, les routines, la connaissance de soi et de son niveau d’énergie constituent tout autant des leviers de réussite.


L’exercice de l’audit d’énergie

Avant de gérer son temps, il est donc préférable de gérer son énergie. Mais comment distinguer ce qui nous donne de l’énergie de ce qui nous en enlève ?

Matt Mochary, coach des entrepreneurs des plus grandes startups tech de la Silicon Valley commence presque tous ses accompagnements par l’exercice de l’Audit d’Energie. Voici l’exercice, étape par étape :

1- Commencez par choisir les deux dernières semaines sur votre agenda les plus représentatives de votre activité quotidienne, c'est-à-dire sans évènements exceptionnels.

2- Rajoutez toutes les autres activités qui ne sont pas notées dans l’agenda, qu’elles soient personnelles ou professionnelles.

3- Pour chaque activité, posez-vous la question : Cette activité m'a-t-elle donné de l'énergie ou m'en a-t-elle fait perdre ?

Puis coloriez :

En vert → Ce qui vous a donné de l’énergie.

En rouge → Ce qui ne vous en a pas donné ou ce qui vous en a fait perdre (il n’y a pas de neutre).

Si je réalise moi-même l‘exercice, voici ce que ça pourrait donner :

Reproduisez cet exercice pour tous les jours des deux semaines choisies, puis regroupez les activités qui se ressemblent en les classant par couleur (rdv vente, relation client, gestion opérationnelle…).

À la fin, vous obtiendrez une liste de toutes les activités qui :

  • Ne vous prennent pas d’énergie, mais ne vous en donne pas non plus
  • Vous prennent de l’énergie

Pour chacune de ces activités en rouge, posez-vous les questions suivantes :

  • Est-ce vraiment indispensable ? Si ce n’est pas essentiel, éliminez-le. Faites du "non" votre option par défaut.
  • Si cela doit être fait : êtes-vous le seul à pouvoir le faire ? Pourriez-vous déléguer cette tâche ? Après le “non”, faites du “qui” votre deuxième option par défaut.
  • Si vous êtes le seul à pouvoir vous y coller, comment pourriez-vous faire en sorte que ce soit plus efficace et fun ? Quelques idées en vrac : écouter un fond de musique, travailler en binôme, demander un ordre du jour à une réunion…

L’objectif final est de passer au moins 80% de votre temps à faire des choses qui vous donne de l’énergie.


Conclusion

Désormais dans mon bilan de chaque fin de journée je réponds à ces questions :

🔋 Qu’est-ce qui m’a donné de l’énergie aujourd’hui ?
🪫 Qu’est-ce qui m’a pris ou ne m’a pas donné d’énergie aujourd’hui ?

À la fin du mois, je remarque que ce sont toujours les mêmes activités qui diminuent mon énergie et parfois occupent la majorité de mon temps. Semaine après semaine, j’essaie de les éliminer ou de les déléguer pour les remplacer par des activités plus énergisantes.

Certes, ce n’est pas facile. On ne fait pas toujours ce qu’on veut. Cela prend du temps. Mais comme le précise Tony Schwartz : “L'énergie, et non le temps, est la monnaie fondamentale de la haute performance”.

Reste à savoir ce que l’on veut.

Résumé de la méthode :

  • Connaître son rythme circadien et son chronotype. Vous pouvez mesurer votre sommeil et comprendre vos pics d’énergie avec l’application RISE ou faire un test.

  • L’audit d’énergie :

    • Choisissez 2 semaines représentatives de votre activité quotidienne

    • Analysez chaque activité en fonction de si elle vous donne de l’énergie (vert) ou pas (rouge)

    • Pour chaque activité rouge, décidez d’éliminer, de déléguer, d’automatiser ou de rendre plus efficace et fun.

    • Faites cette analyse jusqu’à ce que vous ayez plus de 70% d’activités qui vous donnent la patate 🥔

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